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Pas de printemps sans hirondelles, que ces oiseaux migrateurs annoncent par leur retour dans nos campagnes. A l'opposé du martinet, qui est plus urbain, l'hirondelle fréquente nos villages dès le mois d'avril et va y rester jusque fin septembre, date à laquelle la migration vers l'Afrique commence. Ainsi, l'hirondelle rustique ou Hirundo rustica s'est adaptée en colonisant deux milieux qui ne lui sont favorables que quelques mois dans l'année. Mais le Suivi Temporel des Oiseaux Communs par Echantillonnages Ponctuels Simples(STOC-EPS), en place depuis 1989 est alarmant. L'évolution des effectifs, analysée au Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d'Oiseaux (CRBPO), est à la baisse : 36% pour l'hirondelle rustique et jusqu'à 84% pour l'hirondelle de fenêtre. Nos comportements agricoles et les accidents climatiques ont leur part de responsabilité dans cette hécatombe. Et pourtant, ces quelques mois passés en notre compagnie sont un enchantement, et pas seulement pour les ornithologues.
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| 17 grammes pour 32 à 34 cm d'envergure.
L'hirondelle rustique, de l'ordre des passériformes, est souvent confondu avec le martinet dont elle se distingue pourtant par sa robe aux reflets bleu métallique, son ventre blanchâtre lavé de roux, et sa silhouette élégante et fuselée, terminée par une queue fourchue très échancrée dont les brins appelés "filets" sont très longs chez le mâle. Contrairement aux autres hirundinidés, elle ne possède pas de marque blanche sur le croupion. Son vol rapide et son cri aigu (tsivitt !) animent les fins de journée lorsque les insectes s'élancent dans le crépuscule. L'arrivée de l'hirondelle sur notre territoire pour la nidation est l'occasion pour les petits comme pour les grands d'observer avec bonheur ces passereaux à l'œuvre et de décrypter leur vie sociale.
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L'hirondelle rustique Crédit : © O. FRIGOUT |
On dénombre cinq hirondelles différentes sur notre territoire : L'hirondelle rustique ou de cheminée, l'hirondelle de fenêtre au croupion blanc pur, l'hirondelle de rivage au dos brun et à la queue courte et à peine échancrée, l'hirondelle de rochers assez trapue et au dos brun gris et l'hirondelle rousseline à la nuque, le croupion et le ventre roussâtre. |

Crédit : © O. FRIGOUT |
L'hirondelle de fenêtre.
L'hirondelle de fenêtre se distingue de sa cousine l'hirondelle rustique par le croupion blanc pur qui se détache nettement du dessus du corps bleu-noir aux reflets métalliques.
Sa queue sombre est échancrée mais ne présente pas de filets.
Elle niche de façon uniforme sur l'ensemble du territoire, pour un effectif d'environ un million de couples.
On l'a trouve jusqu'à une altitude dépassant les 2000 mètres.
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| Le nid, toujours à l'abri !
Bâti avec de la boue et des brindilles, le nid d'hirondelle rustique ressemble à une demi coupelle accrochée à une solive, une poutre ou encore un mur, mais toujours à couvert.
Etables, écuries, garages et granges sont des endroits parfaits à condition qu'ils soient ouverts à l'extérieur.
La femelle va y pondre de 3 à 6 œufs qu'elle couvera environ 2 semaines, à l'aide de sa plaque incubatrice (partie du ventre de la femelle qui se dégarnit de plumes pour la couvaison). La température des œufs devant rester constante, elle ne s'absentera que peu de temps pour se nourrir.
Les moineaux convoitent ces emplacements et délogent parfois les hirondelles avant d'en extraire les œufs. Les nids, comme les hirondelles, sont protégés par la loi, mais les moineaux ne le savent pas.
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Nid d'hirondelles rustique bâti dans le coin d'une grange, d'un mélange de boue malaxée et de brindilles. Crédit : © O. FRIGOUT |
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| Couvée de cinq hirondeaux (le cinquième est caché derrière les autres) à l'affût du retour de l'un de leurs parents. Ils ne vont pas tarder à connaître leur premier vol. - Crédit : © O. FRIGOUT |
| Un incessant ballet !
A la vue de leurs parents, les pulli (jeunes) rivalisent de cris et le bec grand ouvert, essaient d'attirer l'attention sur eux. Les adultes vont les nourrir ainsi pendant une vingtaine de jours, faisant jusqu'à 400 allers et retours quotidiens. Ils chassent en vol des insectes qu'ils agglutinent dans leur bec avant de les livrer à leur progéniture. Une becquée peut être composée d'une vingtaine de proies.
Mouches, fourmis volantes, syrphes (sorte de mouche), tipules (grand moustique), libellules et autres insectes volants vont ainsi permettre aux hirondeaux d'atteindre les 22 grammes, surpoids qui va contribuer à la pousse des plumes.
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Crédit : © O. FRIGOUT |
| Une quinzaine de jours après l'éclosion, les plumes des jeunes ont suffisamment poussé pour leurs permettre de vivre leur première excursion hors du nid. Les parents ont changé de comportement à leur égard et alternent becquées et passages près du nid le bec chargé de nourriture. Comme pour les inciter à les suivre, les parents rivalisent de virtuosité en une démonstration de haute voltige accompagnée de cris d'alerte. Les oisillons se rapprochent du bord du nid, évaluent la distance qui les séparent du sol, battent des ailes pour éprouver leurs forces. Enfin, le plus courageux, tenaillé par la faim, s'élance et disparaît avec les hirondelles adultes dans les airs. Il finira par rejoindre le nid, cédant la place à un autre apprenti. Les jours qui vont suivre verront les sorties de plus en plus fréquentes, les hirondeaux prenant confiance en eux. C'est vers le trente-cinquième jour que l'émancipation des jeunes aura lieu, permettant aux adultes de produire une autre ponte. |

Crédit : © O. FRIGOUT |
Premier vol.
Excité par les cris d'alerte poussés par ses parents et ne voyant pas venir de nourriture, un premier hirondeau s'élance.
Les heures d'étirements, de lissages de plumes et d'exercices pratiqués au bord du nid prennent enfin tout leur sens.
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| L'appel de l'Afrique.
Fin septembre, la migration va reprendre. Les hirondelles se rassemblent dans les roselières (étendues de roseaux) autour des marées ou à défaut les champs de maïs pour y passer la nuit.
Les jours qui suivent sont consacrés à la chasse qui leur permettra d'emmagasiner les quelques grammes de graisse indispensables aux milliers de kilomètres qu'elles s'apprêtent à franchir. La Méditerranée puis le désert saharien seront impitoyables pour les plus faibles, les autres ralliant les pays au Nord de l'équateur comme le Cameroun, le Congo, le Gabon, ou encore le Centrafrique.
Etonnamment, les hirondelles qui migrent depuis le Royaume-Uni ou encore la Russie franchiront l'équateur pour s'établir bien plus au sud, parcourant ainsi plus de 10.000 kilomètres.
Cette migration reste toutefois une énigme. Qu'est-ce qui peut pousser un oiseau de moins de vingt grammes à quitter le sol africain et ses ressources en insectes pour l'Europe où le climat n'est favorable que quelques mois dans l'année ? Des ornithologues ont observé depuis quelques années des départs plus tardifs pour l'Afrique et même des hivernages dans le midi de la France, le long de la côte atlantique et jusqu'en Bretagne.
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Crédit : © O. FRIGOUT |
L'hypothèse la plus probable suppose que ces oiseaux cherchent pour se reproduire un milieu où la concurrence pour la nourriture est moins forte, période durant laquelle ils n'ont que peu de temps pour chasser et de nombreux becs à nourrir. En effet, on compte pas moins de 37 espèces indigènes d'hirondelles en Afrique auxquelles viennent s'ajouter les nombreuses autres espèces insectivores.
Aussi, dès janvier, l'instinct les pousse à remonter vers le Nord au rythme du climat, la température ne devant pas descendre en dessous de 10 degrés sous peine de voir les insectes se raréfier. En Europe, les hirondelles vont pouvoir nicher tout en trouvant une nourriture abondante et accessible.
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Crédit : © O. FRIGOUT |
| Espèce menacée.
On dénombre en France de un à trois millions d'hirondelles rustiques. Concurrencées par les moineaux qui convoitent leurs nids, les hirondelles sont surtout victimes de l'activité humaine. Insecticides, agriculture intensive, assèchement des marées, disparition des roselières portent atteinte à la source alimentaire de cet oiseau. Le comportement des citoyens change et les nids sont de plus en plus menacés. Transformation des granges, démolition des vieilles bâtisses, intolérance des salissures engendrées, réduisent le nombre d'endroits à couvert propices à l'installation d'un nid. Pourtant, l'hirondelle est une espèce protégée par la Loi (1). Capture ou destruction d'oiseaux ou d'œufs, enlèvement ou destruction de nids et altération de leur milieu sont punis d'amende et de prison avec sursis (2). Cette loi de 1976 était bien connue dans les campagnes, au fil du temps, elle s'est effacée de la mémoire collective, et l'arrivée massive dans les villages de néo-ruraux en quête de loyers décents a participé à cette dilution. Qui sait aujourd'hui ce qu'il risque à s'attaquer à un nid ? Et que risque-t-on vraiment ? Il serait cocasse d'envoyer les gendarmes à la rescousse des hirondelles ! En attendant, la dégradation des populations devient alarmante et nécessite l'implication de tous.
(1) Loi du 10 juillet 1976 sur la protection de la nature, codifiée aux articles L 411-1 et suivants du code de l'environnement et de l'arrêté ministériel du 17/04/1981 modifié le 5/03/1999.
(2) Jusqu'à 9 146,94 euros et/ou une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à 6 mois (art. L 415-1 du Code de l'environnement).
Dérèglement climatique.
Les épisodes de froids intenses au printemps et de canicule l'été sont de plus radicales menaces encore pour ces oiseaux. Surprises par une température inférieure à 10 degrés, les hirondelles ne vont plus trouver de nourriture et sacrifier la couvée en éjectant les oisillons du nid. En 1974, bloquées par le froid, 470.000 d'entre-elles furent sauvées par les naturalistes qui les renvoyèrent en Afrique par avion.
A contrario, si le temps est chaud, l'hirondelle est capable de s'humidifier le ventre pour baisser la température des œufs, mais ces derniers sont condamnés si le phénomène perdure.
Les hivernages constatés en divers endroits en France supposent que l'hirondelle pourrait se sédentariser si le climat continue à évoluer dans le sens d'un réchauffement. Mais comme pour l'ensemble des espèces, l'augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes est un danger. Des mois d'avril glacials comme celui de 2005 pourraient se reproduire. Sans oublier que l'Europe de l'ouest, dont le climat tempéré dépend du Gulf Stream, n'est pas à l'abri d'un refroidissement radical si ce dernier s'interrompait.
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 Crédit : © O. FRIGOUT |
Outre nos propres comportements vis-à-vis de cet oiseau si agile et annonciateur des beaux jours, les dérèglements climatiques à venir vont faire peser une lourde menace sur les hirondelles comme sur la plupart des espèces migratrices. Aussi, si vous avez un moment, installez-vous dans une grange début juin et observez comment les hirondeaux se préparent à affronter la vie. Cela mettra sans aucun doute de la couleur dans la vôtre.
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