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ZNIEFF : entre avis et réalités.
L’inventaire des Zones Naturelles d’Intérêt Ecologique, Faunistique, Floristique (ZNIEFF), lancé en 1982, est réalisé dans chaque région selon une méthodologie nationale définie à la demande du ministère en charge de la protection de la nature par le Muséum National d’Histoire Naturelle. Il permet aux autorités locales d’être informées de la présence sur certains territoires d’espèces animales et végétales qu’il convient de prendre en compte pour tout projet d’urbanisation. Il délimite ainsi des zones considérées comme présentant un intérêt mais ne contraint en aucune façon les élus locaux.
Une situation équivoque source de conflits lorsqu’un projet ou une décision porte atteinte à un milieu naturel qu’aucune réglementation ne protège réellement.

Et lorsque d’autres enjeux viennent troubler le jeu, la situation s’envenime.

Deux types d’espaces sont distingués :

Les ZNIEFF de type 2 : des grands ensembles naturels riches et peu modifiés avec une fonctionnalité et des potentialités écologiques fortes

Les ZNIEFF de type 1 : des espaces de superficie moindre mais bien délimités, contenant des habitats naturels ou des espèces animales ou végétales d'une grande valeur patrimoniale

Outil de connaissance, l’inventaire ZNIEFF n’est donc pas une mesure de protection.
Il signale l’intérêt patrimonial d’un espace sans avoir de conséquences juridiques directes. Les informations qu’il contient ne peuvent être méconnues.

Carte ZNIEFF Basse-Normandie

C’est vraisemblablement ce qui s’est passé en Pays d’Auge (Normandie), lorsque la Communauté de Communes de l'Estuaire de la Dives (CCED) a décidé d’installer en 2005 une aire de grand passage pour les gens du voyage dans le marais de Cabourg-Varaville classé ZNIEFF 1 pour sa flore exceptionnelle et le rôle majeur qu’il joue lors de la nidification d’oiseaux migrateurs. Cette décision, prise en dépit du bon sens, fut certainement imposée par l’absence de consensus entre les communes de la collectivité, et précipitée par la nécessité de se mettre en conformité avec la loi.
Face à l’inquiétude des riverains, la CCED, par la voix de son Président Jacques Porcq, avait précisé que cette décision était prise à titre provisoire et que tout serait entrepris pour que l’installation estivale d’une centaine de caravanes ne crée aucune nuisance.

A l’automne, l’aire présentait un paysage de désolation, et pour l’été 2006, l’opération sera renouvelée.

« En septembre, le marais ressemblait à une décharge à ciel ouvert car pendant plus de 2 mois, la pêche à la javel a été un sport quotidien. Les toilettes chimiques, huiles de vidange et tous les produits faciles à jeter ont été directement versés dans les cours d’eau. La cuve prévue pour les toilettes était restée vide ! », s’insurge Patrick Nativelle, riverain du site.
Il est vrai que les photographies et les images tournées par ce défenseur du marais et proposées sur son site sont édifiantes.

Le marais après le départ des caravanes.
D'autres photos et des vidéos sont disponibles ici.

Certainement interpellé par la vigueur avec laquelle les conséquences de la décision de sa collectivité ont été dénoncées, Jacques Porcq a commandé une expertise écologique qui s’est déroulée au mois de mars dernier. Réalisée en seulement quelques jours et à une période de l’année pendant laquelle la végétation n’est pas facilement identifiable, elle n’a pas permis de trancher.
Contrairement aux affirmations de la CCED, l’aire d’accueil se situait bien en 2005 dans la ZNIEFF et non à la marge. D’autre part, l’endroit n’était absolument pas adapté à l’installation de caravanes, en particulier parce qu’il s’agit d’une zone humide et inondable. Enfin, la pollution du site en 2005 est la conséquence évidente d’un afflux trop important de personnes, vacanciers et gens du voyage. En effet, l’aire, prévue pour 100 caravanes, en a accueilli jusqu’à 350 à 400 au plus fort de l’été.
Les experts sont cependant plus nuancés sur l’impact de l’aire d'accueil sur le site.
« L’impact est forcement négatif, mais pas aussi grave, en terme écologique, que ce qui a pu être dit. Ces prairies et fossés ne recèlent pas d’espèces végétales particulières. Une zone naturelle d’intérêt écologique faunistique et floristique n’est pas protégée juridiquement. Elle suppose cependant que les connaissances contenues dans l’inventaire ZNIEFF ne sont pas méconnues des aménageurs. », précise l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat.

Note de la CCED du 19 mai 2006 :

La Communauté de Communes de l'Estuaire de la Dives a dans ses compétences l’accueil des gens du voyage. Un plan Départemental a fixé en 2003 le nombre de caravanes à recevoir sur notre territoire : 100 pour l’aire de grand passage et 20 pour l’aire permanente.
Si la gestion et le site des « permanents » ne posent guère de difficultés, l’aire de « grand passage » est ouverte à titre provisoire à la marge d’une ZNIEFF, après consultations des pouvoirs publics. Cette aire n’est ouverte que 2 mois par an, en été, et comporte cette année, une arrivée d’eau, d’électricité, des toilettes mobiles et une citerne enterrée pour la collecte des eaux usées.
Les ordures ménagères sont ramassées quotidiennement et le site est totalement nettoyé et remis à l’état naturel à la fin de la saison.
Une expertise écologique a été réalisée aux fins de tenir compte des espèces floristiques et faunistiques protégées.
Conscient de la précarité de ces installations, une étude de recherche de site pérenne sera commandée auprès de la DDE et une concertation permanente est engagée avec les services de l’Etat.

Jacques PORCQ, Président de la CCED

 

Mais Patrick Nativelle n’en démord pas :
« Cette zone correspond à la basse-vallée de la Dives, avant que celle-ci ne se jette en mer. Le substrat est composé d'alluvions récentes reposant sur des alluvions anciennes, l'ensemble recouvrant le Jurassique (Callovien) qui affleure à l'Est de la zone. Composé d'un ensemble de prairies humides entrecoupées de canaux de drainage et de mares artificielles, le marais de Varaville, bien qu'ayant subi de profondes transformations notamment sur le plan hydraulique, demeure un espace d'intérêt écologique, au regard des espèces animales et végétales présentes. »
Et de préciser :
« Les quelques espèces végétales rares, voire protégées au niveau régional (*), sont pour la plupart liées aux canaux, mares et aux berges temporairement inondées. Citons notamment le Flûteau fausse-Renoncule (Baldellia ranunculoides), le Cératophylle submergé (Ceratophyllum submersum*), la Lentille gibbeuse (Lemna gibba), le Myriophylle verticillé (Myriophyllum verticillatum*), le Troscart des marais (Triglochin palustre), le Scirpe des chaisiers glauque (Scirpus tabernaemontani)... La présence d'une végétation halophile sur les berges de la Dives avec, entre autres, la Spergulaire marginée (Spergularia media) et le Plantain maritime (Plantago maritima), confère au site une richesse supplémentaire. »
« Quant à l'intérêt ornithologique de ce marais, il tient au fait qu'il constitue une zone de nidification pour le Vanneau huppé (Vanellus vanellus), le Canard colvert (Anas platyrhynchos), la Pie-grièche écorcheur (Lanius collurio), le Bruant proyer (Emberiza calandra), le Faucon hobereau (Falco subbuteo), la Rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus), la Rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris), le Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus), le Traquet tarier (Saxicola rubetra), la Bergeronnette flavéole (Motacilla flava flavissima)... »


Echasse blanche - © Olivier FRIGOUT

Niveoles

Une situation qui toutefois ne devrait pas se reproduire puisque l’aire a été déplacée vers un secteur moins exposé et qu’il est prévu l’installation de barrières de 2 mètres de haut pour limiter l’accès à 100 caravanes et pour protéger l’ensemble du site. Les ordures ménagères devraient être ramassées quotidiennement pour éviter que se renouvellent les dégradations de l’année passée.
Un choix qui inquiète toujours les défenseurs de la nature car il se porte sur un champ de nivéoles, espèce protégée en France.
Une inquiétude non justifiée selon l’expert que nous avons rencontré : « Le terrain de la nivéole a l'avantage d'être moins inondable, de plus est surtout il se situe en dehors du périmètre de la ZNIEFF. Quant à la nivéole, elle était probablement plus menacée par le surpâturage par les chevaux au printemps, d'ici fin juin ses feuilles auront disparu pour un nouveau cycle en hiver / printemps prochain. »

A la ferme d’Osseville à Cabourg, l’exaspération et la colère couvent toujours. En voulant dénoncer une situation scandaleuse auprès de ces concitoyens, le défenseur du site a déplacé bien malgré lui le problème sur le terrain de la xénophobie et effrayé tous ceux qui auraient pu lui venir en aide.

L’accueil des gens du voyage, qui s’inscrit dans nos devoirs citoyens, ne doit toutefois pas se faire au détriment du patrimoine écologique, patrimoine dont, rappelons-le, nous ne sommes que dépositaire. Une responsabilité qui impose ici que tout soit mis en œuvre pour éviter une quelconque dégradation irréversible de ce marais qui est une zone de reproduction d’un certain nombre d’espèces d’oiseaux.
D'autant que vraisemblablement, ce site devrait bientôt être proposé au classement en Zone de Protection Spéciale (ZPS) dans le cadre de la directive oiseaux de 1979 de l’Union Européenne. Un tel classement obligera l’Etat à prévenir toute dégradation du milieu. En attendant, il convient d’espérer que la CCED respectera ses engagements pour qu’une telle situation ne puisse à nouveau se reproduire.


Sources : le site de Patrick Nativelle.

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