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S&N : Yoann Ségalen, jeune journaliste, prépare une série de reportages sur les conséquences actuelles et futures d’une montée globale du niveau des mers et océans dans certaines régions du monde. Il vous propose de découvrir dans Sciences & Nature un premier article sur l'une des conséquences du réchauffement climatique en cours : la montée des eaux.

Son enquête commence donc aux Pays-Bas, nation pragmatique qui lutte depuis toujours pour gagner des terres sur la mer. Les Hollandais se préparent déjà à affronter ce qui pourrait bien être innéluctable.

Selon l’ONU, d’ici la fin du siècle, 150 millions de personnes devront migrer a cause du réchauffement de la planète, dont une grande partie en raison de la montée du niveau océanique.

Au Bangladesh par exemple, si les océans montaient d’un seul mètre, 30 000 km2 de terres disparaîtraient, soit un cinquième du territoire où résident 15 millions de personnes. A Tuvalu dans le Pacifique, les habitants sont les premiers à devoir officiellement déménager en raison de la disparition programmée d’une grande partie de leur île sous les eaux. L’ampleur de telles migrations pose de nombreuses questions quant au statut international de ces personnes et des tensions sociales, économiques, ethniques et politiques que cela peut engendrer. La montée du niveau des océans est un aspect du réchauffement climatique qui sera au tout premier plan dans les prochaines décennies à venir, quelles que soient les résolutions prises aujourd’hui pour en atténuer l’effet.

"Alliant technologie et méthodes ancestrales,
les Hollandais voient deux cents ans en avant."


MONTÉE DES EAUX : LES PAYS-BAS ANTICIPENT

Marqués par de nombreuses inondations au cours de leur histoire, les Pays-Bas ont constamment lutté pour se préserver des eaux, devenant ainsi l'un des pays les plus avancés en matière de prévention des risques dans ce domaine. Avec l'achèvement du plan Delta en 1997, l'un des projets de génie hydraulique les plus révolutionnaires jamais réalisé au monde, la Hollande croyait s'être mis à l'abri pour quelques temps des assauts de la mer du nord, mais c'était sans compter sur les effets du réchauffement climatique et la montée du niveau des océans.


A quelques kilomètres seulement de la mer du nord, Rotterdam est particulièrement concernée par la montée du niveau de la mer. ©Ségalen

Au Waterboard Hollandse Delta basé à Dordrecht (l'institution autonome responsable des eaux dans la région de Rotterdam), Hans Waals, à la tête du département administratif, est inquiet mais pas alarmiste :
" Nous savons que nous devons être préparés au effets du changement climatique, notre mission au Waterboard consiste à maintenir la région en sûreté, et donc, quand nous remettons une digue en état par exemple, on le fait en tenant compte de ce qui pourrait se passer durant les deux cents prochaines années. "



Le Waterboard veille aussi à la montée du niveau de la mer sur le littoral
en déversant régulièrement du sable sur les plages.
©Ségalen

A Dortrecht, les maisons côtoient les canaux, et cette omniprésence de l'eau se retrouve aussi jusque dans les endroits en apparence les plus à l'abri. Hormis les digues, sur l'une desquelles on trouve la plus longue avenue commerçante du pays, plus de deux kilomètres, on note aussi la présence de supports fixés à l'entrée des commerces ou des habitations permettant la pose rapide d'une barrière métallique destinée à protéger non pas l'intérieur du bâtiment, mais à empêcher l'eau d'en sortir, et d'accéder ainsi au cœur même de la ville. Ce système existe également en plus conséquent pour fermer certaines rues stratégiques.

ROTTERDAM SOUS SURVEILLANCE.

A 25 km de là, la situation est à peu près similaire.

Dans la région de Rotterdam, plus d'un million de personnes vivent dans des habitations entourées d'eau, qui seraient inondées jusqu'au deuxième étage si les multiples digues et barrages venaient à être submergés.


Gratte-ciels et bateaux, un mélange qui préfigure peut-être l'avenir
de la ville de Rotterdam.
©Ségalen

Mais depuis 1997, un barrage colossale, l'ouvrage final du Plan Delta, veille sur ce territoire.

Situé sur le Nieuwe Waterweg, principal canal d'acheminement maritime vers le port de Rotterdam, le Maeslantkering garde l'entrée d'une zone industrialo-portuaire aux dimensions démesurées, amenant au décor la touche qui lui manquait pour évoquer pleinement un futur désincarnée, robotique, aussi étonnant qu'effrayant. C'est d'ailleurs un ordinateur qui décide de la fermeture des deux portes de 210m de long qui ferment en une fois ce bras de la Meuse et du Rhin, lorsque le NAP (Niveau de référence 0 de la mer à marée basse mesuré à Amsterdam) dépasse les 3 mètres.


L'un des deux bras articulés du Maeslantkering, le barrage colossale
assurant la protection de la région de Rotterdam.
©Ségalen

Lors de sa construction il était prévu que le Maeslantkering ne soit fermé qu'environ une à deux fois tous les dix ans, or il s'avère que dans moins de cinquante ans, en raison de la hausse du niveau de la mer, le barrage devra être fermé tous les cinq ans et peut-être même plus.
" Le Maeslantkering a été construit en tenant compte des prévisions pour les 100 prochaines années, il peut contenir un niveau de 5 mètres au dessus du NAP, cependant ce n'est pas un barrage que l'ont peut fermer trop souvent car cela coûterait trop d'argent du fait de l'interruption du trafic maritime " note Tim Geluk, guide sur le site du barrage.
De son côté, Hans Waals estime que dans les villes : " il y a très peu d'espace disponible pour l'élargissement des digues, il faudra peut-être démolir des immeubles, c'est pourquoi on essaye au maximum d'anticiper, de conserver de l'espace pour des possibilités d'aménagement futurs. "

Plus au sud, la province de Zeeland, dévastée par l'inondation de 1953, est sous la protection de l'Oostersheldekering, une route-barrage en trois tronçons qui relient plusieurs îles du Delta et que certains scientifiques n'ont pas hésité à qualifier de 8ème merveille du monde de par la prouesse technologique qu'a constitué sa réalisation. Composé de 65 piliers entre lesquels sont posées des vannes qui peuvent se fermer en cas de tempête, l'Oostersheldekering préserve ainsi le marnage et les écosystèmes plus à l'intérieur du Delta.

Le niveau atteint par l'eau dans les maisons lors des inondations de 1953
dans la province de Zeeland.
©Ségalen


L'oostersheldekering sera un rempart efficace
en cas d'une hausse du niveau de la mer.
©Ségalen


Sorte de totem surréaliste, un pilier abandonné de l'Oostersheldekering
construit en cas de défaillance de l'un des 65 autres.
©Ségalen

Ted Sluijter, directeur au centre d'informations du plan Delta, est confiant pour l'avenir :
" Ici nous sommes bien protégés pour les quelques décennies à venir, mais il est clair que nous devrons améliorer nos systèmes de protection d'une manière ou d'une autre, même si nous ne savons pas encore exactement comment. Ce qui est évident, c'est que nous devrons essayer d'aller dans le sens de la nature plutôt que de lutter systématiquement contre elle. "



Le traditionnel pompage de l'eau dans les polders par les moulins à vent se fait aussi maintenant à l'aide d'usines de pompage à turbines. ©Ségalen

La hausse du niveau de la mer, l'augmentation des précipitations provoquant des crues plus fréquentes et puissantes, l'affaissement des terres, les tempêtes, la Hollande craint finalement plus une conjugaison de tous ces éléments.
On s'y prépare donc en conséquence tous les jours, toute l'année, pour éviter qu'une lame intempestive ne monte un jour ou l'autre jusqu'au niveau de la gorge.


Yoann Ségalen         





S&N : C'est par l'image que Yoann Ségalen souhaite informer sur l'évolution que vont connaître les côtes dans le monde entier. Une évolution qui trouvera soit des réponses technologiques (dans les pays développés) soit qui induira un éxode massif des populations.
Au delà des chiffres, des évaluations et des incertitudes, ce sont les paysages et le quotidien de centaines de millions de personnes qui vont profondément changer. Une réalité dont seule l'image peut témoigner.

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Texte et clichés : Yoann Ségalen - Avec son aimable autorisation.

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