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S&N rencontre pour vous un chasseur d'aurores boréales

"Bonjour, je suis Gilles Boutin résident de Lévis au Québec, je suis chasseur d'aurores boréales depuis 2002 et je manque rarement une manifestation d'aurores boréales."

"La majorité de mes prises de vue sont de la région même de Québec et j'ai commencé à planifier des séjours dans le nord du Québec très près du pôle nord."

"Mon site web www.banditdenuit.com contient tout mon cheminement et parcours. Bienvenue parmi les aurores boréales du Québec nordique."


Gilles et Sarah Boutin aux portes du Grand Nord. © BOUTIN

Qu'est-ce qu'une aurore boréale?

Une aurore polaire (également appelée aurore boréale dans l'hémisphère nord et aurore australe dans l'hémisphère sud) est un phénomène lumineux provoqué par l'interaction entre les particules chargées du vent solaire et la haute atmosphère. Les aurores se produisent principalement dans les régions proches des pôles magnétiques, dans une zone annulaire justement appelée " zone aurorale " (entre 65 et 75° de latitude magnétique).
Lors d'un sous orage polaire accompagnant un orage magnétique faisant suite à une éruption chromosphérique ou un sursaut solaire important, un afflux de particules chargées éjectées par le Soleil entre en collision avec le bouclier que constitue la magnétosphère. Des particules électrisées à haute énergie peuvent alors être captées et canalisées par les lignes du champ magnétique terrestre du côté nuit de la magnétosphère (la queue) et aboutir dans les cornets polaires. Ces particules (électrons et parfois protons) excitent (changement de couche d'un électron) ou ionisent les atomes de la haute atmosphère (l'ionosphère). L'atome excité, ne peut rester dans cet état, un électron change alors de couche, libérant au passage un peu d'énergie, un photon. L'ionisation résultant de cet afflux de particules provoque la formation de nuages ionisés réfléchissant les ondes radio et l'émission de lumière, l'aurore, dont la couleur dépend des atomes ionisés et de l'altitude. Comme la nature de ces ions (oxygène, hydrogène, azote, ...) dépend de l'altitude. Ceci explique en partie les variations de teintes des nuages, draperies, rideaux, arcs, rayons... qui se déploient dans le ciel à des altitudes comprises entre 80 et 1 000 km. L'étude spectrographique de la lumière émise montre la présence de l'oxygène (raie verte à 557 nm et doublet rouge à 630 et 636 nm) entre 120 et 180 km d'altitude, de l'azote et de ses composés et de l'hydrogène (656 nm) lors des aurores à protons. Aux plus basses latitudes, la couleur observée le plus fréquemment est le rouge (altitudes de 90 à 100 km).
Sources : Wikipédia

S&N : Vous vous qualifiez vous-même de chasseurs d'aurores boréales, c'est dire si votre passion est forte, comment vous est-elle venue ?

Gilles Boutin : Tout d'abord il faut parler du destin qui m'a permis de découvrir le phénomène des aurores boréales. C'est en septembre 2002 que j'ai vu ma première aurore boréale de ma vie... depuis, je suis passionné par ce sujet qui semble rester inexplicable. Devenir un chasseur d'aurores boréales répondait à plusieurs de mes aspirations, car il faut aimer faire un travail ou un loisir non routinier et hors norme. A cette époque, j'effectuais un retour à la photographie artistique. J'ai eu envie de mêler les deux. Cette passion est très forte chez moi et voir les gens subjugués par le résultat m'encourage à poursuivre sur ce chemin et à développer encore mes connaissances de chasseur d'aurores boréales. Toutes les informations indispensables à une bonne appréhension du phénomène et de sa diversité existent et sont accessibles à tous, mais les apprivoiser demandait beaucoup de temps. J'ai maîtrisé rapidement le côté photo mais il me fallut plusieurs années pour apprendre à décoder les données des sites de météo spatiale puis à fonder ma propre expertise, à partir de mon expérience du terrain. Tout ceci m'a permis de créer un site internet et de proposer mes photos d'aurores boréales sur DVD.

S&N : Ce phénomène magnétique est évidemment captivant. Est-ce qu'au Canada et à Québec, du fait de la proximité relative des sites d'observation, l'observation et la photographie des aurores boréales est un loisir répandu ?

Gilles Boutin : Le nord du Canada et du Québec sont des endroits très favorables pour l'observation des aurores boréales du fait de notre position par rapport au pôle nord magnétique, il s'agit de régions situées à des latitudes élevées, nous sommes en fait aux mêmes latitudes que l'Alaska et les pays Scandinaves tels que la Norvège. Les régions de latitude moyenne comme le centre du Québec ont une moyenne de 1 à 3 nuits boréales par mois. L'observation des aurores boréales n'est pas très pratiquée pour plusieurs raisons. Tout d'abord, la méconnaissance des gens vis-à-vis les aurores boréales. Et puis il faut savoir prévoir leur apparition (site météo spatiale). Il faut aussi avoir le goût et presque le courage d'aller passer la nuit à l'extérieur à des endroits favorables tels qu'un lieu sombre avec l'horizon nord dégagé. Si les gens désirent faire plus qu'observer, il faudra avoir un appareil photo bien défini et avoir un peu d'expérience en photo de nuit. Et pourtant, à l'occasion d'une ballade le soir ou la nuit, des coups d'œil vers l'horizon nordique apporteront de belles surprises… une manifestation lumineuse grandiose, un arc, un rideau ou une couronne de vert de rouge et de bleu.

© BOUTIN

© BOUTIN

S&N : Concrètement, comment se déroule une campagne de traque d'aurores boréales ?

Gilles Boutin : Les aurores boréales peuvent se manifester tous les mois de l'année mais les mois de septembre, d'octobre et de novembre ont un très grand potentiel. Au cours de ces périodes durant les 4 dernières années, des orages magnétiques ont été enregistrés. Les aurores boréales sont détectables 2 à 4 jours à l'avance, un temps nécessaire pour choisir le lieu d'observation à proximité ou éloigné. Les équipements photos seront prêts et le chasseur pourra imaginer le genre de photo qu'il voudra réaliser.

S&N : Y a-t-il des signes annonciateurs, des éléments météorologiques ou des configurations solaires particulières qui permettent de prévoir un évènement magnétique exceptionnel ?

Gilles Boutin : Oui en effet, tout commence par l'étude des données de l'activité solaire, une éruption solaire importante m'indiquera qu'une énorme quantité de particules solaires sont en route vers la terre et qu'une arrivée interviendra dans les 2 à 3 jours. Les trous coronaux qui se forment à l'équateur du soleil donneront aussi un arrivage important de matériel électrifié solaire transporté par le vent solaire, faisant son entrée dans l'atmosphère terrestre dans les 4 à 5 jours. L'ennemi numéro 1 reste un ciel nuageux qui masquera presque complètement le spectacle de la nature. Un orage magnétique durera de 1 à 2 nuits consécutives et du début de la soirée jusqu'au levée du soleil.

© BOUTIN

L'attente commence - © BOUTIN

S&N : Lors de vos déplacement dans le grand nord, une région du monde plus sensible selon les scientifiques aux changements climatiques, avez-vous constaté des variations sensibles ?

Gilles Boutin : Je n'ai fait qu'un seul séjour dans les régions polaires et d'autres sont prévus cette année. Je vérifie énormément les sites de météo de tout genre et naturellement les variances du soleil et des aurores boréales depuis quelques années. Les mécanismes boréaux ont le même comportement, autant par son origine qui est le soleil que par ses manifestations dans l'atmosphère terrestre, aucune indication du contraire. Les changements climatiques n'ont pas encore d'impact sur les aurores et aucun écrit scientifique traite du sujet.

S&N : Avez-vous l'occasion, lors de vos expéditions, d'admirer la faune spécifique du grand nord ?

Gilles Boutin : Lors de mon passage dans le grand nord, j'aurais aimé voir les caribous mais ils n'étaient pas dans la région. J'ai pu apercevoir des loups et des renards blancs seulement. La flore et le paysage étaient tout simplement fantastiques et je vous parle des vallées glaciaires et vastes plaines, les témoins des passages des grands glaciers. J'ai trouvé qu'il ne manquait que les dinosaures pour compléter le décor !

S&N : Que recommandez-vous à celles et ceux qui voudraient se lancer dans cette aventure, en terme de matériels, d'organisation, de préparation ?

Gilles Boutin : Il est indispensable d'être dans des lieux où les manifestations boréales sont présentes, soit les latitudes nord moyennes à élevées, les régions du nord de l'Abitibi vers la Baie James sont un bon compromis. L'atout majeur est de se tenir au courant des arrivages de particules solaires sur la terre car il s'agit de la source des aurores boréales. Enfin, il est important d'avoir un bon équipement photographique. Maintenant que le numérique est la référence dans ce domaine, il faudra penser à un appareil reflex numérique d'au moins 6 millions de pixels et à des lentilles grand angle de 18mm et moins, sans oublier un trépied et des batteries de rechange...
Le chasseur d'aurores boréales doit être patient et prêt, car quand l'aurore boréale survient, elle donnera un spectacle d'environ 40 à 45 minutes pour revenir plus tard dans la nuit. Une fois la nuit terminée, il y aura l'étape de la sélection des photos, des photos qu'il faudra confier à un technicien de laboratoire photo régulier, car ce dernier aura ainsi l'habitude du traitement et du réalisme de ce genre de photos.

© BOUTIN

Sensibilisation auprès des écoliers - © BOUTIN

S&N : Quand commence votre prochaine campagne de " chasse " ?

Gilles Boutin : Je suis toujours aux aguets, à surveiller mes sites de données spatiales de façon quotidienne. J'aime ma routine sur le terrain car je garde la même recette, dans une soirée ou dans une nuit, j'aime faire des distances et changer de lieux d'observations, pour avoir des prises photographiques différentes, je peux exprimer mon côté artistique avec des sélections d'avant-plan tels qu'une vieille grange, un pont, une forêt de sapins et pourquoi pas des cimetières.

S&N : Et quand et où aura lieu votre prochaine exposition photographique, votre prochaine conférence ?

Gilles Boutin : Le début de l'année 2007 s'annonce riche pour moi, j'ai 8 conférences de prévues dans les bibliothèques de la ville de Québec et une exposition d'un mois à cet endroit. Je projette un autre séjour dans le mois d'avril dans le grand nord Québecois au Nunavik pour revoir les Arsaniit (aurores boréales en Inuktitut langage Inuit). Les gens apprécient mon travail alors que je simplifie les explications concernant le phénomène. Je poursuis le rêve de faire partager ma passion au plus grand nombre en faisant éditer un premier livre sur les aurores boréales du Québec.

S&N : Que peut souhaiter de mieux Sciences&Nature à un chasseur d'aurores boréales ?

Gilles Boutin : Peut-être des éruptions solaires toutes les semaines, plus jamais de nuages la nuit, une cabane bien chaude pour me loger et une longue chaise pour voir le spectacle des aurores boréales. Contrôler à distance mes appareils photos...
Mais je ne serais plus un chasseur d'aurores boréales mais plutôt un simple spectateur. La réalité sera un travail quotidien pour moi, d'étudier des données, de déterminer leur présence, de traquer et photographier une aurore boréale et si j'ai fait des centaines de kilomètres pour m'approcher d'elle, je lui dirai comme d'habitude ...
« Bonjour l'aurore boréale, je t'ai trouvée de nouveau, soit la bienvenue sur la terre et maintenant danse pour moi !»

"Bonjour, l'aurore boréale..." - © BOUTIN

"Soyez les bienvenus sur mon site des aurores boréales du Québec www.banditdenuit.com il me fait plaisir de vous montrer mes galeries photos et de dévoiler le secret des aurores boréales. Je me fais un devoir de répondre à tous les messages reçus."

Gilles Boutin

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L'ensemble des photographies : © Gilles BOUTIN - Avec son aimable autorisation.

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