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17/07/2006 - Le monde vivant est aussi végétal ! - Ecouter l'article
Cet article a été consulté 376 fois.
Pourquoi, depuis tout temps, l'Homme a-t-il porté plus d'intérêt aux animaux qu'aux plantes ? C'est par cette question, légitime pour un botaniste, que Francis Hallé débute son propos, et quel propos, dans Eloge de la plante, aux Editions du Seuil.
Je suis biochimiste, et je dois bien l'avouer, j'ai pris beaucoup plus de plaisir â étudier le règne animal sous toutes ses coutures durant mes études, qu'â suivre les cours de physiologie végétale ou de botanique.
Et comme photographe aujourd'hui, je suis bien plus souvent â l'affâ»t d'une bête sauvage qu'â quatre pattes dans une mégaphorbiée. Pourquoi cette différence de traitement, que l'on retrouve jusque dans les peintures rupestres des artistes du paléolithique, est-elle si exprimée dans notre espèce, allant parfois jusqu'â réduire le monde vivant au monde animal ?
Ce zoocentrisme est également le fait de nombreux scientifiques, qui dans de fameux ouvrages, ont ainsi résumé la vie â l'animal, parfois jusque dans le titre. Cela ne laisse que peu de doute : la biologie du vivant exige des modèles animaux.
Bien évidemment, l'anthropomorphisme est plus aisé dans le cas d'une guenon, d'un chiot et même d'une abeille, que dans celui d'une orchidée, dont les relations subtiles avec son insecte pollinisateur sont pourtant frappantes.
Cette flagrante altérité devraient nous passionner, elle est en fait la raison de notre désintérêt, tant nous ne prêtons attention qu'â ce qui nous ressemble, ce qui nous renvoie une image de nous même et nous conforte dans l'idée supérieure que nous nous faisons de l'humain.
Les plantes portent ainsi de sérieux handicaps qui en font finalement â nos yeux des objets d'ornement.
Autant de fois vous ouvrirez vos volets le matin sur une cour, autant de fois le platane qui s'y trouve vous y accueillera, dans une apparence que seule la récurrence des saisons viendra modifier â vos yeux. Tellement présent et immobile, il en devient transparent â des yeux faits pour traquer le mouvement, même le plus imperceptible.

L`oeil du photographe
est attiré par le chevreuil
dans l`immensité végétale
Crédit : © O. FRIGOUT

Et lorsque le vent viendra troubler son apparente torpeur, c'est une pie ou un écureuil que vous espèrerez apercevoir.
Une torpeur dans l'instant, et c'est peut-être au fond ce qui nous gène, nous, humains. Car les plantes évoluent dans d'autres échelles de temps, des échelles qui nous dépassent et nous rappellent combien notre vie est éphémère. Que penser alors devant des Oliviers, des Séquoias, des Ginkgo de Chine ou des cèdres du Liban plusieurs fois millénaires ? Trop souvent rien et ce sont alors les tronçonneuses qui s'expriment, comme dans les forêts primaires d'amazonie.
Notre société s'accélère, et la vie est vécue de plus en plus vite. Seule la chasse lui ressemble, alors que la cueillette ne peut se consommer â la mode fast-food. Et c'est lâ qu'une divergence apparaît, entre les femmes et les hommes, qui expliquent peut-être pourquoi les premières sont plus proches des plantes, et les derniers si avides de viande.
Animale ou végétale, toute nourriture nous vient pourtant de ce règne vivant, pourvoyeur d'oxygène et abri d'une faune que notre avidité menace. Il est temps qu'une révolution verte remette les plantes â leur juste place, au cœur du monde vivant.

Référence : à« Eloge de la plante à», Francis Hallé, aux Editions du Seuil.

                O. FRIGOUT

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