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18/03/2006 - Cosmétiques : Parfums de scandale dans l'air.
Cet article a été consulté 1392 fois.
La Saint-Valentin fut cette année encore l'occasion de faire plaisir à l'être aimé en lui offrant le parfum ou l'eau de toilette favorite, mais aussi l'occasion pour l'association Greenpeace de publier un rapport sulfureux sur la composition des cosmétiques, fondé sur de nombreuses études mettant en évidence la toxicité de certaines molécules abondamment utilisées par les parfumeurs. Un rapport qui ne trouva que peu d'écho dans la presse, et pour cause, les parfumeurs en question constituent l'essentiel des annonceurs pour la presse féminine en particulier, et des recettes substantielles pour la presse en général.
Les substances incriminées sont les phtalates et les muscs synthétiques, deux familles de molécules de synthèse entrant dans la fabrication des parfums et pour lesquelles l'association écologiste a commandé une recherche analytique auprès d'un laboratoire indépendant.
L'étude a porté sur 36 marques d'eau de toilette et d'eau de parfum. Les résultats confirment que plusieurs muscs de synthèse, et plus particulièrement les muscs polycycliques galaxolide (HHCB) et tonalide (AHTN), ainsi que plusieurs phtalates, surtout le diéthyl phtalate (DEP), sont très largement utilisés par l'industrie du parfum. Les résultats sont très contrastés, certains parfums contenant des quantités très importantes de ces substances.
Parmi les esters de phtalate, le diéthyl phtalate (DEP) est d'un usage courant. Bien qu'il ait généralement été considéré de faible toxicité, des interrogations subsistent quant aux effets à long terme d'une exposition directe et répétée. Utilisé dans une large gamme de cosmétiques et autres produits d'hygiène, avant tout comme solvant, il sert aussi à dénaturer l'alcool (alcool modifié) et véhicule des fragrances et d'autres ingrédients cosmétiques.
Rapidement métabolisé dans l'organisme en MEP (forme monoester), il ne semble pas s'accumuler dans les tissus mais son application sur la peau lui permet de pénétrer très rapidement et de se distribuer dans le corps très rapidement (1).
Le rapport rappelle que « des concentrations de MEP 30 fois plus élevées dans les urines humaines » que celles des métabolites des autres esters de phtalate ont été mesurées (2), particulièrement chez les jeunes adultes et les femmes (3), corrélables avec une utilisation plus importantes des différentes gammes cosmétiques -soins capillaires, cosmétiques, parfums - dans ces groupes de population.
Des résultats inquiétants à la lumière des études les plus récentes qui « indiquent que des modifications de l'ADN des cellules du sperme sont plus prévalentes chez les individus qui montrent également des niveaux élevés de MEP dans les urines (2) », indique le rapport. Plus récente encore, une autre étude (4) a permis « d'identifier un lien possible entre l'exposition à deux métabolites de phtalate, le MEP et le MBP (monobutyl phtalate), mesurés dans des échantillons d'urine, et un fonctionnement pulmonaire déficient chez les hommes adultes » rappelle-t-il encore. Accessoirement, il faut noter que « plusieurs autres phtalates ont été identifiés dans les échantillons de parfum à des niveaux plus faibles que le DEP » conclut le rapport, ceux-ci étant classés comme reprotoxiques de catégorie 2 (EU 2003).
L'autre famille de composés synthétiques entrant dans la fabrication des parfums sont les muscs de synthèse. Composés aromatiques venus remplacer les coûteux muscs naturels, on les retrouvent dans la plupart des produits odorants, des détergents aux parfums, en passant par les rafraîchisseurs d'ambiance, les crèmes et les savons. Répartis dans trois groupes chimiques - les muscs nitrés, les muscs polycycliques, les muscs macrocycliques - les muscs sont des substances persistantes dont l'usage important a contribué à leur dissémination dans l'environnement, en particulier dans les milieux aquatiques et marins (5, 6, 7) mais aussi dans l'atmosphère (8) et les immeubles (9).

Crédit : © O. FRIGOUT
Les substances sont succeptibles
de pénétrer par la peau et par
inhalation.

« Il est significatif », souligne le rapport, « que le musc synthétique ambrette (MA), interdit en Union Européenne depuis plus 1995, ait été trouvé dans 34% des points de collecte d'eau de pluie » d'une étude réalisée aux Pays-Bas (8), « reflet probable de sa forte persistance dans l'environnement », note Greenpeace.
Du fait de préoccupations toxicologiques, la production de muscs nitrés est en déclin en Europe depuis plusieurs années. « Seuls deux muscs nitrés sont encore d'importance aujourd'hui : le musc xylène (MX) et le musc ketone (MK). Ces derniers, avec les deux muscs polycycliques, galaxolide (HHCB) et tonalide (AHTN), constituent les 95 % du marché européen des muscs synthétiques (OSPAR 2004) », précise le rapport. Ces molécules se concentrent également dans les tissus vivants, détectables dans le sang humain et le lait maternel (10, 11). Certains muscs nitrés et muscs polycycliques - dont ceux utilisés par l'industrie cosmétique - ou leurs métabolites semblent « interférer avec le système hormonal chez les poissons (12), les amphibiens (13) et les mammifères (14, 15), et peuvent exacerber les effets de l'exposition à d'autres substances toxiques (16) ». « Bien que l'activité oestrogénique présentée par le HHCB et l'AHTN chez les mammifères soit relativement faible, des effets anti-oestrogènes ont été observés pour ces mêmes composés à des concentrations 100 fois plus faibles (15) » insiste l'association écologiste. Avant de préciser que « des associations statistiques ont été rapportées entre des niveaux de MX et de MK dans le sang et l'occurrence de certaines conditions gynécologiques chez les femmes (17), bien qu'une relation de causalité n'ait pas encore été établie ».
Toute la difficulté réside dans le manque de recul de la recherche sur les risques sanitaires de ces molécules, et dans la prise en compte de la multiplication des mises en contact, au travers de l'ensemble des usages industriels, pour établir la réalité du risque et le niveau de précaution qu'il convient de mettre en place. La réglementation actuellement en vigueur en Union Européenne ne répond que partiellement à la nécessité de prévenir les risques. En effet, la Directives Cosmétiques européenne (76/768/EEC) restreint l'usage dans les produits cosmétiques de substances classées cancérigènes, mutagènes et/ou toxiques pour la reproduction. De ce fait, le musc nitré « ambrette » est interdit. Mais nul compte n'est tenu des perturbateurs hormonaux, et aucune procédure d'autorisation ne permet d'inviter les industriels à rechercher des solutions de substitution pour les molécules douteuses.
Malmené par les industriels de la chimie, bon nombre d'élus et l'Allemagne en particulier, - l'industrie chimique allemande est n°1 en Europe - le processus REACH (Registration Evaluation and Autorisation of CHemicals) qui visait à obliger l'industrie à démontrer l'inocuité des substances entrant dans la fabrication des produits marchants a été aménagé, réduisant ces contraintes aux plus nocives d'entre-elles. Un renforcement du processus REACH reste le seul moyen d'obliger les industriels à remplacer, à chaque fois qu'une alternative existe, les substances potentiellement dangereuses.
En attendant que l'Europe prenne les mesures que la protection de la santé publique impose, une règle simple comme ne vaporiser un parfum que sur ses vêtements réduit en partie l'exposition. En tout état de cause, le consommateur peut s'informer (18) et se tourner vers les alternatives que des parfumeurs artisanaux proposent, et dont les produits sont fabriqués à partir d'huiles essentielles naturelles, pour des prix parfois plus bas que ce que proposent les grandes maisons du luxe, récemment condamnées pour certaines pour entente sur les prix de vente.

                O. FRIGOUT

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